Les Tre Cime di Lavaredo - 2333m

 

Les Dolomites exerçent depuis longtemps un pouvoir d'attraction, une sorte de fascination, le mythe de routes difficiles associé à la beauté de ses paysages.

C'en est trop ! Il faut que j'aille me rendre compte de la réalité sur place !
Et quoi de mieux pour apprécier la profondeur des Dolomites et la dureté de ses ascensions que de se mesurer à l'une des plus fameuses d'entre elles : les Tre Cime di Lavaredo ?

Certes, le choix est compliqué, le glacier du Passo di Fedaia ne démérite pas non plus, et que dire du Sella Ronda loop, boucle d'environ 80 kilomètres franchissant successivement les Passo Pordoi, Sella, Gardena et Campolongo, dans un déluge de dénivellées montantes et descendantes et une profusion de tournants à en faire palir le versant Est du Passo dello Stelvio !?

Bref, il faut bien choisir, et, étant localisé à Cortina d'Ampezzo, le menu du jour comportera donc les Tre Cime comme plat principal !

En partant de Cortina, la ballade dure 21 kilomètres, avec une dénivellée initiale de 1120 mètres, à augmenter quelque peu, à la fois car le camping est tout en bas de Cortina, le long du torrent, et car l'ascension des Tre Cime nécessitera d'abord de franchir un premier col : le Passo Tre Croci, avec 4 kilomètres de redescente juste derrière.

Le départ depuis Cortina est relativement tonique. Les pentes pour sortir du camping et monter en centre-ville sont déjà ardues. S'ensuivent alors 7 kilomètres à 8% de moyenne.

De toute façon, Cortina étant située dans une cuvette, ça monte forcément quelle que soit la route que l'on prend pour en sortir !
D'ailleurs, lorsqu'on y conduit, on s'aperçoit très vite que tous ces virages qui reviennent sans cesse deviennent rapidement assez monotones, même si les paysages et panoramas fréquents sont là pour aider à ne pas y penser. On peut prendre beaucoup de temps pour parcourir finalement une distance pas très longue.
Il n'y a guère que la route allant vers le sud qui soit plus plane et sans col, mais comme c'est la seule route desservant les agglomérations proches, et les autoroutes, la circulation y est intense.

Notre petite route au contraire est très tranquille. Le revêtement est d'excellente qualité.
On domine assez vite les derniers chalets de Cortina, même si ce ne sont pas les plus beaux, vu qu'à cet endroit, nous ne sommes pas dans la partie la plus luxueuse de la ville.

Il est vrai qu'au centre-ville, certaines artères rendues depuis aux piétons proposent une succession de boutiques de luxe qui ne seraient pas ridicules comparées à celles de Courchevel ou Gstaad.
Les passants, et surtout les passantes, rivalisent de goût au niveau des vêtements, bijoux et montres qu'ils arborent. Au point qu'il devient facile d'identifier les gens venus pour se faire voir de ceux venus pour visiter.

L'Italie du nord est connue pour avoir un coût de la vie assez élevé. C'est encore plus vrai à Cortina !
Qu'il devient difficile de se nourrir à coût raisonnable quand on veut éviter les restaurants et acheter à manger au supermarché pour faire sa petite popote au camping ! Le seul magasin d'alimentation incontournable ne détonnerait qu'à peine s'il était situé à côté d'un Fauchon !
Il a fallu vraiment se décarcasser et fouiner un peu partout pour découvrir une petite supérette plus abordable (mais avec des prix assez supérieurs aux prix français malgré tout...).

Mais revenons au parcours, et aux paysages si particuliers des Dolomites que l'on commence déjà à apercevoir en arrière plan : des concrétions rocheuses de granit totalement dénudées, posées sur des collines très verdoyantes, comprenant sur les hauteurs des alpages, et plus bas des forêts essentiellement composées de sapins.

La route sinue tranquillement, et pénètre bientôt dans la forêt. L'air y est plus rafraichissement, ce qui n'est pas plus mal, car les Dolomites sont un massif très montagneux, mais pas très haut en altitude : les effets de la chaleur se font donc pleinement ressentir.
Débute une partie rectiligne suffisamment longue et rare pour le souligner. La pente s'adoucit progressivement, et, après un virage en S gauche/droite, on atteint le Passo Tre Croci, situé selon les indications du panneau à 1809 mètres d'altitude.
Peu de vues réellement dégagées à cet endroit, la route étant noyée dans les arbres.

La descente se déroule sur des pentes modérées de 4% de moyenne, il faut donc pédaler un peu ! Néanmoins, à cet endroit, peu de lacets vraiment serrés.La route est relativement rectiligne, ce qui permet davantage une descente "tout schuss".

Après avoir laissé peu après le col une petite route à droite, on atteint un carrefour, avec également sur la droite une route (n° 48) allant vers Auronzo. Préférer la route grimpante filant sur la gauche à un bon 8%, sanctionnant immédiatement les véléhités de descente du Passo Tre Croci sur un trop grand développement.

Une fois franchis ces quelques hectomètres, la route s'aplanit pendant environ 2 kilomètres. Cet endroit marque la sortie de la forêt, et le début de paysages fabuleux.
A titre personnel, ce secteur jusqu'au sommet des Tre Cime est l'un de ceux que j'ai le plus appréciés, et qui présente des vues parmis les plus jolies que l'on puisse apprécier dans les Dolomites (même si la boucle précédemment citée de Sella Ronda présente également des arguments de poids).

On pénètre dans le site du "Rifugio col de Varda", le petit village de Misurina et le lac du même nom. Malheureusement pour les chasseurs de cols, il ne s'agit pas là d'un col à proprement parler, mais du nom du site (à moins bien sûr que je n'ai lu ma documentation de travers, auquel cas merci de me prévenir, car ça me ferait alors un col supplémentaire !).

Il y a sur les rives du lac de nombreux endroits où les gens flânent, pique-niquent, randonnent... On peut aussi évidemment faire du pédalo sur le lac, ou encore s'attabler en terrasse des nombreux bars et restaurants situés juste de l'autre côté de la route.

A ne pas manquer à cet endroit, la première confrontation avec LA barre rocheuse : les Tre Cime en personne, qui dominent l'horizon légèrement au nord-est. Toutefois, à moins d'avoir une vue d'aigle, on ne distingue pas encore le refuge Auronzo au pied des rochers.
En se retournant, encore une vue ahurissante de ces barres de granit si typiques de la région. C'est vraiment l'une des ascensions qu'il faut absolument faire par beau temps pour ne pas rater une miette du paysage !
Une vérification avant de partir de l'état de la batterie de l'appareil photo pourra également être tout a fait bénéfique !

Le lac franchi, une petite route s'engage sur la droite dans une pente de folie largement supérieure à 11% : un vrai mur comparé au 2 kilomètres passés !
On ne risque pas de manquer la route, surtout qu'il y a juste après un grand parking où en été, quasiment chaque centimètre carré de terre est occupé par une voiture en stationnement.

Les premières difficultés dureront ici pendant 800-900 mètres, avec des petits replats et devers de pente, ce qui finalement donne un kilomètre autour de 14%. La chaleur est rapidement accablante, on en regrette presque la fraicheur (relative) offerte par les arbres dans la partie plus basse du parcours.
Le soleil tape dur, et il reste encore 460 mètres de dénivelée à grimper jusqu'au sommet.

S'ensuit une petite descente, puis arrive le fameux péage. Péage ? Eh oui, les 4,5 derniers kilomètres sont sur une route privée, donc payante.
Et ce n'est pas donné en plus : 20 euros pour une voiture.
A partir de là, pour échaper au péage, il faut soit continuer à pied ou en vélo, soit....euh non, il n'y a pas d'autre possibilité !

Pour les personnes qui préfèreraient monter en voiture, faire attention, car les places de parking au rifugio Auronzo sont très limitées. Et s'il n'y a plus de places, le péage est fermé et les voitures bloquées en bas, le temps que les véhicules qui descendent laissent leur place. Et la place, ils la laissent difficilement, car les gens montent très tôt le matin pour randonner toute la journée en altitude.
Il n'est donc pas rare de ne pas croiser une seule voiture dans la montée, en début d'après-midi par exemple.
En revanche, en bas, les gens cuisent au soleil dans leur voiture, et ont le coup de klaxon facile !

La montée en elle-même est assez courte : environ 4,5 kilomètres. Le pourcentage ? 12%, avec une pointe à 19% !
C'est le debut du chemin de croix, la chaleur est étouffante, la route brulante, pas un poil d'ombre, et on devine bien plus haut le refuge au pied de la barre de granit des Tre Cime.

La portion initiale est une simple mise en bouche à moins de 3%, dernière possibilité d'avancer vite pour avoir de l'air dans la figure.
Après, c'est fini ! Plus un seul répit jusqu'au sommet, plus le moindre centimètre où la route s'aplanira un peu, ce sera tout à gauche ou ventre à terre !

Qui plus est, la route serpente et enchaîne plusieurs virages à 180%. En passant à la corde, la pente dépasse allègrement les 15-16%.

Au bout d'un moment, on aperçoit quand même le refuge, et le massif des Tre Cime qui occupe une place de plus en plus importante dans son champ de vision. Si près du but, mais en même temps encore si loin !
Personnellement, je n'ai pas eu la force de faire ce tronçon s'en m'arrêter. Bien m'en a pris, car en ayant le regard fixé sur la route quand je pédale, et sur le refuge et les Tre Cime quand je souffre en silence, j'avais complètement laissé de côté ce qu'il pouvait y avoir comme paysages derrière moi.
Et ça aurait été dommage de le louper, car c'est finalement au moins aussi joli, la vue portant à peu près de tous les côtés.

Le parking arrive enfin après un ultime kilomètre à 12,4%, symbolisant l'arrivée au refuge d'Auronzo, perché à 2333 mètres d'altitude.
Un petit rafraîchissement et pas mal de photos plus tard, il ne reste plus qu'à s'assoir dans l'herbe pour profiter du moment présent.

Les chasseurs de cols de plus de 2000 mètres qui auront été mieux pourvus en cartes que moi n'auront pas manqué de poursuivre la piste menant au col de Lavaredo à 2457 mètres.
Pour ma part, je préfère contempler ma réussite, et me demander si c'est ou non ma plus belle ascension.
Probablement non, car si la fin est très belle, d'autres ascensions sont belles tout du long ou presque, mais elle figure certainement dans mon TOP 5.

Un col de plus de 2000 mètres, une ascension très dure dans de magnifiques paysages, que demander de plus ? le décor est planté : à vos vélos !

copyright 2007 (texte écrit par Olivier D.).

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