Alto Cruz de la Demanda - 1855m

 

Certaines routes de montagne laissent parfois perplexe, au point de se demander quelles étaient à l'époque les motivations de leurs initiateurs.

Tel est le cas de routes goudronnées (ou à tout le moins utilisables en 4x4) montant pendant 15 ou 20 kilomètres, voire plus, pour aboutir soudainement en cul-de-sac. A première vue, plutôt étrange.

Pourtant, les raisons sont diverses : ancien domaine skiable abandonné (colle Sommeiller), construction d'un barrage (barrage de Mauvoisin, barrage de la grande Dixence), route transfrontalière construite uniquement d'un seul côté (port d'Aula en Ariège), ancienne route d'exploitation (route du Pic du Midi).

Un autre exemple est représenté par notre ascension du mois, qui nous emmène à la découverte de l'Alto de Cruz de la Demanda, long ruban asphalté de 16 kilomètres de long, débouchant sur... rien !

L'ascension de la Cruz de la Demanda est située dans la province espagnole de La Rioja, province prolixe en ascensions de qualité, ainsi que vous pourrez le découvrir en consultant les différentes rubriques du site.

Cette montée a d'ailleurs plusieurs fois été au programme du Tour de La Rioja, mais également de la Vuelta.

La province tire son nom du Rio Oja, rivière qui prend sa source dans la Sierra de la Demanda.

Celle-ci culmine à un peu plus de 2000 mètres. Sa partie la plus significative consiste en une ligne de crêtes déployée en forme de cirque. On atteint cette ligne par deux accès routiers distincts : la station de ski de Valdezcaray (également arrivée d'étape du Tour d'Espagne), et la route de la Cruz de la Demanda.

Le départ de l'ascension par cette dernière est localisé au niveau du hameau de Posadas. Situé à l'ouest de Logrono, on y accède par la tranquille LR111 depuis Santo Domingo de la Calzada, puis par la non moins tranquille LR415 à partir de Ezcaray, route que l'on ne quittera plus jusqu'au bout, à 1855 mètres d'altitude.
La route jusqu'à Posadas ne présente aucune difficulté particulière. Juste quelques faux-plats à signaler le long du parcours, assez exposé au vent.

La pente moyenne est de 5,8%, ce qui est somme toute assez raisonnable. Mais ce chiffre est trompeur, car il masque la répartition des difficultés. On peut en effet décliner cette montée en deux parties très différentes.
La première moitié de l'ascension est limitée à 2,8%, avec un maximum de 10%. La seconde moitié absorbe la quasi-totalité de la dénivelée, avec une pente moyenne non négligeable de 8,4%, avec un maximum de 14%, atteint dès le premier kilomètre de cette deuxième partie.

L'ascension de ce col, l'un des plus longs que l'on puisse rencontrer en Espagne, se déroule sur une route au revêtement très correct. Pas de marquage au sol, ce qui ne dérangera personne vu le trafic quasi-nul observé à cet endroit. Les premiers kilomètres sont assez ombragés, et voient s'enchaîner de longues portions lègèrement incurvées. On aperçoit assez régulièrement en toile de fond la ligne de crêtes, mais le sommet de la route n'est pas encore visible.

Notre petite route longe par intermittence le Rio Oja. On devine en plusieurs endroits la présence d'affluents, le coin semblant recéler un certain nombre de petites sources.
A propos d'eau, une seule source est accessible, sur la gauche de la route au cours du deuxième kilomètre, juste avant le passage à 10%. Prévoir donc un ravitaillement complet avant le départ.

Quelques faux-plats descendants égrènent ce début de montée assez tranquille.

Au bout d'un moment, les arbres disparaissent, pour laisser place à des zones plus arides. L'horizon se trouvant plus dégagé, on peut apercevoir sur les crêtes des restes de névés jusque tard dans la saison. L'orientation plutôt nord, nord-est du massif implique de prendre garde et de s'assurer de l'état de la route avant de s'y engager, sous peine d'être bloqué par la neige avant la fin.

Après environ 10 kilomètres de montée, un secteur en légère descente permet de récupérer un peu. Eviter à cet endroit de mettre quelques dents de moins en se disant que la montée n'est pas très compliquée, sous peine d'être scotché net à la route quelques centaines de mètres plus loin, moment coïncidant avec une partie assez difficile qui verra se succéder sur 2 kilomètres des passages compris entre 12 et 14%.

La route devient plus sinueuse, avec quelques lacets dignes des cols alpestres. Lorsque les forces le permettent, l'absence de trafic permet de couper facilement à l'intérieur du virage pour absorber plus rapidement la dénivelée.

Quelques lacets plus loin, l'altitude aidant, on peut apercevoir vers l'est de jolies vues de San Lorenzo et des pistes de la station de ski de Valdezcaray. On peut d'ailleurs atteindre la station en empruntant au sommet la piste qui longe les crêtes. Cette piste n'est pas goudronnée, et est de qualité assez moyenne, justifiant l'emploi d'un VTT. Ne pas négliger non plus l'impact du vent très présent à cet endroit, étant donné l'absence d'obstacles naturels.

Les virages deviennent un peu moins prononcés, mais la pente toujours aussi soutenue.

La vue porte relativement loin, et les paysages sont assez agréables à regarder. On voit très bien la limite entre la partie aride et les zones boisées situées en dessous. Aucune habitation ne vient polluer le regard.

Un antépénultième virage à gauche permet de voir plus haut la route s'enrouler jusqu'à la crête. Une dernière portion à 13% et la route arrive à son terme au niveau d'un croisement avec une piste en terre.
A gauche, la piste fait le tour des crêtes jusqu'à la station de ski de Valdezcaray (photo ci-dessous). A droite, la piste rejoint au terme d'une assez longue descente la localité de Fresneda de la Sierra Tiron.

Devant soi, la vue est très dégagée. Les plaines de la Sierra de San Antonio se dévoilent dans un panorama qui porte presque jusqu'à l'horizon, mêlant une mozaïque de pastels verts.
Aucun bâtiment ne vient troubler la quiétude des lieux. Pas âme qui vive. Ni buvette, ni magasin de souvenirs, ni signe distinctif matérialisant le sommet (pas de panneau).

Finalement, mais à quoi sert cette route ???

En résumé, cette ascension est beaucoup plus dure dans sa seconde moitié. En démarrant dès Ezcaray, la montée approchera les 27 kilomètres, avec les 19 premiers kilomètres très exposés au vent et avec de nombreux faux-plats, combinaison d'éléments qui n'est pas à négliger.

On est alors pas loin des conditions d'ascension d'un col situé dans les Alpes.

copyright 2006 (texte écrit par Olivier D.).

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